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Réforme des rythmes scolaires : pour une vision globale des rythmes de vie

27 janvier 2011

Ouvert à une réforme des rythmes scolaires, le Laboratoire de l’Égalité souhaite affirmer le principe suivant : on ne peut réfléchir aux rythmes scolaires et à leur impact sur le bien-être des enfants sans une vision globale des rythmes de vie.

En France, les trois quarts des couples sont biactifs. Pour autant, le taux d’activité des femmes décroît lorsque le nombre d’enfants à charge augmente, contrairement à celui des hommes. Les mères de familles monoparentales ne sont, elles, qu’une sur deux à travailler à temps plein.

Par ailleurs, le temps libre dégagé par un travail à temps partiel ou par l’utilisation d’une RTT est reporté par les femmes sur les activités domestiques, renforçant ainsi le clivage hommes/femmes.

Les mères d’enfants de moins de 15 ans consacrent en moyenne environ 1 heure 30 par jour au temps parental et les pères, 30 minutes, soit trois fois moins. Quant aux autres activités domestiques, les mères en couple y consacrent en moyenne 4 heures par jour, contre 2 heures pour les pères dans la même situation.

Compte tenu des inégalités tant en matière d’insertion professionnelle que de partage des tâches au sein de la famille, il est à craindre que toute réforme des rythmes scolaires qui nécessiterait une implication renforcée des parents jouerait en défaveur des mères présentes sur le marché du travail.

Des études réalisées par des experts de la petite enfance ont remis en cause les rythmes actuels. Nous sommes donc ouverts au principe d’une réforme. Toutefois, les réflexions en la matière doivent préalablement être replacées dans le contexte plus global des mutations actuelles sur le marché du travail : développement des horaires atypiques et « flexibles » imposés aux salariés, augmentation des emplois précaires, associés à de grandes difficultés à articuler obligations familiales et contraintes professionnelles.

Il faut en outre distinguer le temps des apprentissages scolaires et celui de l’accueil des enfants. Il est possible de modifier les rythmes scolaires tout en prenant en charge les enfants pendant toute la journée, dans de bonnes conditions et en leur offrant des activités ludiques et de détente complémentaires à l’école. La France a une précieuse expérience en la matière (centres de loisirs, colonies de vacances…), sur laquelle on peut s’appuyer.

Il est à noter que les professionnels qui s’occupent des enfants sont dans leur grande majorité des femmes : leurs rythmes de vie sont aussi à prendre en compte.

Nos propositions dans le cadre du débat

  • · Toute expérimentation qui libérerait partiellement ou totalement le temps des enfants devra donc évaluer son impact sur l’organisation du travail des parents (père et mère), notamment le recours accru au temps partiel et le taux d’emploi des mères.
  • · Toute évolution des rythmes scolaires devra se traduire par une offre de service public complémentaire de qualité. Elle devra se faire en étroite concertation avec les collectivités locales qui développent l’offre périscolaire pour que de nombreuses femmes ne se retrouvent pas face à l’impossibilité de pouvoir travailler. Afin que les charges ne reposent pas sur les seules collectivités, en cas de retentissement de l’évolution des rythmes scolaires sur la vie professionnelle des parents, le gouvernement devrait créer une allocation permettant aux familles à faibles revenus de payer un mode d’accueil de qualité jusqu’à 18 h 30, les mercredis et pendant les vacances scolaires. Cette allocation constituerait une réponse notamment pour les foyers monoparentaux dans lesquels le partage des tâches n’existe pas par définition. Ces familles seront d’autant plus concernées que leur plus grande précarité économique rend souvent difficile le recours à une aide à domicile à la sortie de l’école.
  • · La réforme ne doit pas faire l’impasse sur un vaste processus de concertation entre les partenaires sociaux et doit aboutir à une négociation interprofessionnelle sur l’organisation du temps de travail pour permettre aux hommes comme aux femmes de s’impliquer dans la vie de famille : télétravail, pas de réunions tardives…
  • · Pour avancer sur les inégalités dans le partage des tâches domestiques et parentales, une grande campagne d’information et de sensibilisation sur l’investissement des pères doit être lancée, sans culpabilisation de ceux-ci, et avec le concours des mères.

En définitive, c’est l’ensemble des rythmes de vie, à tous les niveaux et dans tous les secteurs, qui doivent être réexaminés, ce qui ne se fera pas sans une évolution des mentalités.

Le Laboratoire de l’Égalité

avec la participation notamment de Sylvaine Boussuard-Le Cren (BPW), Delphine Chauffaut (sociologue), Christine Cluzel (Inter’Elles), Claire Desaint (consultante), Marie Duru-Bellat (sociologue, Sciences Po), Jeanne Fagnani (sociologue, CNRS), Annie Guilberteau (CNIDFF), Françoise Héritier (anthropologue, professeur honoraire au Collège de France), Joëlle Juppeau, Dominique Meda (sociologue), Emmanuelle Scelles, Catherine Tripon (L’Autre Cercle, Arborus), Olga Trostiansky (présidente de la CLEF), Michèle Vianès (présidente de Regards de femmes), Marie Wierink (sociologue).

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